François THOMAS, mort pour la France

Screenshot 2019-08-16 at 23.57.36.pngFrançois (le jeune) ne ressemblait pas exactement à ce zouave du 1er régiment. Il mesurait 1m53, avait les cheveux blond foncé et les yeux bleu clair. Il a vécu à Camps-sur-l’Isle (au moins entre 1902 et 1910) et en 1914, à Lagorce (« à Thomas »). Son niveau d’instruction est noté zéro sur son matricule militaire, ce qui veut dire qu’il ne savait ni lire ni écrire. Son matricule était le numéro 185 et avait le numéro 61 de la liste de Coutras (un petit numéro ce qui voulaut dire qu’il ne pouvait échapper au service). Il a été incorporé pour le service en 1911 au 123ème RI comme soldat de 2ème classe.

La classe de 1911 sont des malchanceux (mais il est de la classe 1910!). Le service militaire était de 2 ans depuis 1905 (sous le Général André). Mais voilà, peu avant la guerre, le service est rallongé d’une année pour pallier au manque d’effectif. Mais il y échappe et fait « seulement » deux années de service, Il est le dernier des enfants d’André et Françoise (née Bossuet) je pense car sa maman avait déjà 43 ans à sa naissance!

Je n’ai rien retrouvé sur lui, à part ses états militaires. Difficile quand même de comprendre tous les détails, il semblerait qu’en 1918, on n’ait eu que peu de temps pour remplir ces dossiers (si nombreux!), si je compare avec ceux de 1916 par exemple.

WhatsApp Image 2018-03-06 at 16.20.25Au 123ème RI, à La Rochelle (qui est rattaché au 6e RI de Saintes, 18ème corps d’armée), il est condamné en juin 1912 à un an de prison avec sursis par le Conseil de Guerre pour avoir volé un porte-monnaie à un autre militaire, le soldat Brunet. Pas moins de 8 témoins se sont succédés pour expliquer que, ayant commencé le mois avec 5 francs, ayant reçu un mandat de 5 francs, le soldat Thomas a dépensé — pendant les journées suivant la disparition du porte-monnaie de Brunet — plus d’argent qu’il n’en avait pour acheter des boissons, des sandwiches etc, pour ses camarades et lui-même.
Confronté par ses accusateurs, il avoue finalement avoir pris le porte-monnaie, trouvé sur la paille où les soldats dormaient. La conclusion de la procédure est que, « peu fortuné, le soldat Thomas a été poussé à agir par le besoin de boire. » C’est ce commentaire qui lui valut les circonstances atténuantes. (!)
Il demanda à être envoyé au Maroc pour se racheter de sa faute. Il y arriva donc le 26 août 1912 avec le 1er régiment de zouaves et y restera jusqu’en octobre 1913, moment de sa libération.

Croix_de_guerre_2+1+1.pngRappelé sous les drapeaux en août 1914 au 6e RI (compagnie hors rang), il se fait remarquer (voir ci-dessous) lors de la Bataille de Verdun:

« 19 mai – 1er juin – Les 22 et 29 mai, violentes attaques allemandes. »
sur ce site de l’historique du 6e RI.

« Globalement l’opération française d’août sur Verdun est un succès: la ville est plus largement dégagée les allemands sont partout à plus de 10 kilomètres de la cité. Verdun est définitivement une victoire française. le « On les aura » devient « On les a eu ». » Mémorial du 6e

Screenshot 2019-08-17 at 00.00.46.png

Je n’ai trouvé aucune trace de ses blessures ailleurs que sur le matricule militaire, affaire à suivre donc… Par contre, sur la retranscription de son acte de décès, il serait devenu Soldat de 1ère classe, médaillé militaire, avec la Croix de guerre.

Je n’ai pas non plus trouvé son nom sur les registres des morts aux combats dans la région de Villers-sur-Coudun, mais c’est pourtant bien là qu’il a été tué le 12 juin 1918.

« 4 juin – 23 août – 1918
Retrait du front ; transport par V.F., de la région de Bayon, dans celle de Senlis, puis par camions dans celle de Clairoix. A partir du 10 juin engagée dans la BATAILLE DU MATZ : Violents combats sur le Matz. Puis organisation d’un secteur vers Chevincourt et le nord de Villers-sur-Coudun. » voir l’historique ici.

Cela n’a l’air de rien, une petite ville de l’Oise, entourée de forêts, mais il s’agissait bel et bien d’empêcher l’adversaire d’atteindre Paris. Début juin 1918 marque une « défaite » pour les troupes de la région, parce que les allemands, même si ils ont reculé de 10 kilomètres, en ont gardé 10 sur leur avance de 20 kilomètres. Le 10 juin, Villers-sur-coudun était en flammes. Voici le récit de la bataile du 12 juin faite par un soldat du 288e RI de Marmande, Firmin Galy:

 » 12 juin 1918 : A 2h de la nuit, tandis que chacun reposait, un nouvel ordre est remis au colonel. Faire mouvement à 6h sur Villers-sur-Coudun. Le 288e reprend à 4h le chemin. 11h45, on annonce que les boches s’infiltrent, sortant de la Croix Ricard allant dans le petit bois à 400m au SO. L’artillerie bombarde les lignes de Le Domaine de Rimberlieu à Villers-sur-Coudun. Des avions ennemis très bas surveillent toutes les routes et rues des villages et dirigent les tirs sur les rassemblements de fantassins et les convois d’artillerie. Les ambulances reçoivent d’assez nombreux blessés. Les blessés racontent que nous cédons devant une attaque violente, direction du bois de la Montagne, Rimberlieu.
L’ennemi serait à 300m de Villers-sur-Coudun. Ces nouvelles sont accueillies avec suspicion par le colonel Viguier. Le Lieutenant-colonel d’une unité de 1ere ligne vient lui même confirmer. Préparez vous à défendre énergiquement le village contre-attaqué. Chacun, averti, est à son poste. Des munitions abandonnées dans les maisons du village ou au bord des routes sont rassemblées au PC, à tout besoin. 15h15 : Le capitaine Moreau du 5eme Bataillon fait le compte rendu suivant : des renseignements obtenus des blessés, la ligne n’aurait pas bougé. A 15h30 le Commandant Romand confirme que nulle part la ligne française n’a fléchi. Les Boches essayent quelques infiltrations sur la route venant de Vandélicourt. Ils sont interceptés. Nous faisons des prisonniers.« 

Il est bien triste de penser à cette vie perdue, ces traces qui ne sont pas restées.

Ainsi, le soldat Françcois Thomas, mort à 28 ans quelque part dans l’Oise, a maintenant sa petite page sur Internet, rien que pour lui, et ici je publie donc la photo de sa dernière demeure, à la nécropole de Remy, dans l’Oise, tombe numéro 93. Cette nécropole a été créée en 1921, pour accueillir les corps des héros de la première guerre qui étaient auparavant enterrés dans les communes où ils sont tombés.

Repose en paix, François!

Thomas_Francois

Ci-dessous, la retranscription de son acte de décès sur les registres de Camps-sur-L’Isle.

Screenshot 2019-08-17 at 21.52.47.png

L’an 1918, le 26 du mois de juin à 10 heures étant à Villers-sur-Coudun (Oise), acte de décès de François Thomas, soldat de 1ère classe, médaillé militaire, croix de guerre, au 6ème régiment d’infanterie, compagnie hors rang, immatriculé sous le numéro 010813, né le 20 juin 1890 aux Églisottes, Canton de Coutras (Gironde), domicilié en dernier à Camps, Canton de Coutras (Gironde, mort pour la France à l’ennemi, par éclat d’obus au Chemin Creux, au nord de Villers-sur-Coudun (Oise), le 12 juin 1918, à 13 heures, inhumé au cimetière de Villers-sur-Coudun, tombe numéro 8, fils de André Thomas et de Françoise Bossuet, domiciliés à Camps, Canton de Coutras (Gironde), dressé par nous, Paul Lameille (?), Lieutenant, Croix de guerre, officier payeur au 6ème RI, officier de l’état civil, sur la déclaration de Joseph Erable (?), âgé de 23 ans et de Alfred Debris, âgé de 28 ans, tous deux musiciens au 6ème RI, non parents du défunt, témoins qui ont signé avec nous etc.

 

2 commentaires sur « François THOMAS, mort pour la France »

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