Les enfants « secourus » à Bourgnac

En recherchant la famille d’Anna Lavaud et ses ancêtres, nous avons trouvé Catherine Guinobert, épouse de Jean (Pierre) Faure, résidant à Bourgnac entre 1851 et avant 1856. Catherine et sa famille (Jean, son père et Marie Laporte, sa mère) vivaient à La Coutie, à Saint-Géry en 1841, comme on le voit sur le registre du recensement ici. En consultant ce document, j’ai remarqué que Catherine était nourrice et qu’ils hébergeaient chez eux un enfant abandonné à l’hospice de Bordeaux.

Screenshot 2019-08-29 at 20.27.53.pngJ’ai donc recherché tous ces enfants « secourus » à Bourgnac, car il y en a beaucoup (18 enfants recueillis pour 107 familles dans tous les villages confondus qui forment Bourgnac, en Dordogne pour me faire une idée de ce que cela représentait. Je n’en ai pas trouvé à Saint-Géry par exemple. Les enfants abandonnés à l’hospice de Bordeaux étaient envoyés en nourrice et en placement « d’une part dans le nord de la Dordogne autour de Brantôme et d’autre part sur la rive nord de la Gironde à cheval sur Gironde et Charente-inférieure, on peut en déduire que l’une est un pays de sauvages et l’autre pas, mais rien ne permet de faire le choix ». (citation, suivre le lien). Les autorités souhaitaient placer les enfants recueillis à Bordeaux dans un autre département afin que leur famille ne puisse les retrouver. De plus, les faire grandir à la campagne semblait une bonne idée, pour qu’ils deviennent un jour des « cultivateurs honnêtes ».

On peut trouver ici un article intétressant sur ces enfants de l’Hospice de Bordeaux et untour autre sur les « tours » où les enfants étaient « exposés« . Les tours permettaient aux mères d’abandonner leur enfant sans avoir à s’identifier, ce qui limitait les abandons sur la voie publique par exemple. Elle déposaient leur enfant puis sonnaient et le tour tournait, uns infirmière ou une soeur recevait l’enfant sdans avoir vu la personne le déposant. Il est quand même effarant de penser que, par exemple, en 1836, environ 1760 nourrissons ont été abandonnés à l’hospice de Bordeaux, ce qui fait entre 5 et 6 par jour. Pas étonnant que les autorités aient été débordées. On impose alors aux familles qui souhaitent déposer leur enfant (enfant trouvé) de se déclarer et expliquer leurs raisons. Il en résulte une chute spectaculaire des abandons de 938 en 1851 à 15 en 1853. Par contre, on voit une augmentation des enfants « abandonnés ».

On ne peut qu’imaginer le sentiment de ces mères qui laissaient là leur nourrisson, parfois âgé d’un jour ou deux, exposé à une mort certaine si quelqu’un ne le secourait pas dans l’heure qui suit. On peut imaginer à quel point elles devaient être désespérées pour laisser ainsi leur bébé, souhaitant échapper à la honte, au souvenir d’une tragédie (viol par exemple) ou encore pensant offrir au bébé un meilleur avenir. Un nombre exhorbitant de ces enfants mourraient très vite. Il faut bien entendu remettre cela en contexte, la mortalité infantile était très élevée à l’époque. Il est évident qu’il s’agissait pour eux de partager la misère locale et non pas d’atterrir dans un havre de sécutité et d’hygiène. Les dangers de la vie rurale, la dissenterie, les vers intestinaux etc. autant de raisons de ne pas survivre au delà de la première année pour un bébé déjà mal en point.

19 meneuses se chargeaient de transporter les nouveaux-nés vers leur nouvelle famille. Bien souvent à dos de mulet, dans des paniers attachés sur les flans. Beaucoup de ces faibles bébés mourraient avant l’arrivée. Une meneuse gagnait environ 400 francs par bébé.

Voici un relevé des enfants « secourus » à Bourgnac entre 1851 et 1861, pour d’autres chercheurs qui seraient en quête dans cette région de la Dordogne. Les appelations ont changé au fil du temps: enfant naturel, ennourrice, trouvé, abandonné, secouru. Il est bon de penser que même en ces temps reculés, on ait essayé de trouver une dénomination non-discriminatoire. Mais certains enfants trouvés sont déjà à la base affublé d’un nom de famille dur à porter (Pépin, Lampoule, Blanche, Coquille, Maigre, Gros, Iris, Lundi etc.).

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L’Hospice de Bordeaux (la Manufacture) se situait Quai de Palutade, près de la Gare Saint-Jean, à l’endroit abritant maintenant les vins du Château Descas et est resté en activité jusqu’en 1888. Après cela, c’est l’Hôpital des enfants qui se charge de cet accueil.

Comme on le voit ici, la famille Faure, comprenant les grands-parents de Marie (Pierre, cultivateur et Marie Crousille) leurs fils adulte et son épouse (donc Jean et Catherine Guinobert, nourrice) leurs enfants et petit-enfants, avaient recueilli chez eux un bébé André Courrier, âgé de 7 mois, abandonné à l’hospice de Bordeaux. Le bébé n’atteindra pas l’âge d’un an.
En y regardant de plus près, Jean et sa femme Catherine ont donné naissance à 9 enfants, dont 6 sont morts jeunes, et l’un d’entre eux, en 1851, comme le bébé André. Il semblerait que la vie dans cette région ait été très difficile. C’est certainement une des raisons qui poussaient l’hospice de Bordeaux a y envoyer les enfants isolés, afin qu’ils puissent être utiles aux familles de paysans, qui perdaient leurs enfants jeunes. L’allocation pour un enfant en nourrice était très maigre. Les nourrices gagnaient entre 15 et 17 francs par mois pour un bébé et le salaire diminuait avec l’âge pour stopper à 12 ans. Elles recevaient un nouveau trousseau tous les 6 mois jusqu’au 7 ans de l’enfant, et un habit pour la première communion.

À partir de 1862, les enfants de moins de 12 ans devaient aller à l’école et la nourrice recevait une prime pour compenser la perte de revenus dû au travail de l’enfant. En 1867, les communes doivent prévoir une école qui accepte aussi les filles et à partir de 1882, tous les enfants doivent pouvoir aller à l’école gratuite et laïque jusqu’à 12 ans.

Pour éviter un retour à l’hospice, déjà surpeuplé, l’espoir des autorités était que le petit enfant abandonné se soit rendu suffisament utile pendant les années de nourrice pour que la famille souhaite le garder comme domestique. Cra, à partir de 12 ans, un enfants doit pouvoir gagner de l’argent pour subvenir à ses besoins. Ainsi dans le tableau, en 1851, on voit Isabelle, placée dans la famille Laurière, qui est ensuite gardée comme domestique. C’est une très bonne chose, d’une part, elle a survécu, et d’autre part, la vie étant très compliquée pour les filles (dont personne ne voulait, une charge de plus!), c’est un miracle qu’elle soit restée et on voit qu’en 1861, elle est encore là à 17 ans, donc une enfant sauvée (espérons, car la mère de famille est morte entre temps) qui a trouvé une famille, où d’ailleurs les autres enfants sont également restés (on voit dans le tableau qu’en 1861, ils ont 24 et 28 ans).

En ce qui concerne les noms donnés à ces enfants trouvés, les personnes qui devaient rédiger leur actes étaient tenus de ne pas donner un nom déjà utilisé par d’autres familles locales afin de ne pas créer de problèmes, et aussi de ne pas donner le même patronymes à plusieurs enfants abandonnés. On voit certains noms ridicules, qui font de la peine, comme Salaire, Révolte ou Pepin. Mais heureusement, dans notre liste, nou sn’avons pas les exemples déjà trouvés: Olibrius, Macedoine, Moutarde, Lundi, Ampoule, etc…

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